- Mardi 5 juin 2012
L'enterrement a lieu demain
matin. Ma belle-mère vient à l'appart' pour garder les filles.
Ça fait bizarre de me dire
qu'elle est morte. Ça me fait encore plus bizarre de me dire que du coup, mon
père est orphelin.
Ce matin, j'avais mon RDV
chez la psy. Mon père est venu garder les filles. Il était accompagné de mon
oncle, ma tante et 2 cousines qui sont remontés du Sud pour "ça".
C'est nul de voir sa
famille pour ce genre "d'évènement".
Sinon, je suis toute chamboulée
par mon RDV de ce matin.
Je me surprends à dire des
choses à la psy. J'ai (encore) parlé de toi Viv'.
J'ai encore beaucoup
pleuré.
Je lui ai dit que je ne
voulais pas voir ma grand-mère morte. Ce à quoi elle m'a répondu que ça aide de
voir les gens morts. C'est sans doute pour cela que 'Dou va mieux que moi. Il a
vu, lui, notre fœtus mort bébé (la psy parle souvent d'Olympe dans ces
termes).
Elle (la psy), elle me parle, me fait avancer. Mais en même temps, plus j'avance et plus j'ai peur parce que plus je réalise que je joue un jeu, je ne suis pas moi.
Déjà au départ, j'ai osé
lui dire que quand les filles étaient en néonat' j'ai "joué" à la
maman pendant 3 semaines. J'allais à la clinique le matin pour le bain, le
bib', le petit câlin et je repartais. J'y retournais le soir pour le bib', le
câlin et le bisou du soir.
Et là, ce matin, on est
revenu sur le fait que pour moi, être à la maison n'est pas un kiffe. Certes
j'aime être avec mes filles mais je n'aime pas "tenir ma maison" et rester
là. Ça me saoule de faire le ménage, ça me saoule de ne plus avoir de
responsabilités, ça me saoule de m'imaginer dans 3 mois, au parc, avec les
filles.
Je suis un paradoxe vivant.
Je crie à tue tête que j'aime être avec mes filles, que je veux en profiter,
que je veux être là pour elles mais en même temps, j'ai envie d'exister pour
moi.
Je veux bien
"sacrifier" ma carrière encore 1 an mais j'ai pas envie de prendre 3
ans de congé parental et d'être en décalage avec le monde extérieur. Mais en
même temps, j'ai pas envie de retourner au travail.
Idem, je "joue" à
être une Bree Van de Kamp (je
fais les petits pots, je passe l'aspi chaque jour, ...) mais ça ne m'éclate pas
non plus. J'ai davantage le sentiment d'être une Lynette Scavo.
Sauf que dans la vie "normale" on ne joue
pas un rôle.
Je ne sais pas quoi faire. Qui être ?? Comment agir
?
Idem encore lorsque je parle d'Olympe. Je n'ai pas
souhaité la voir mais je le regrette parfois. Il y a des photos qui trainent
dans l'appart' mais je ne demande pas à les voir. Je suis tiraillée par l'envie
d'aller au cimetière et la peur d'y aller.
Selon la psy, je vis dans le fantasme. Elle pense
que j'aime me faire du mal, que j'aime me punir (que j'éprouve une sorte de
jouissance dans la souffrance), que j'aime me culpabiliser.
Et je sais que c'est vrai. J'aime souffrir parce
que ça me rappelle que j'ai failli à mon devoir, je n'ai pas su voir que ça
n'allait pas, qu'elle n'allait pas bien. Je me puni.
En même temps, ça m'énerve tellement que les gens
attendent de moi que ça aille. Ça m'énerve au plus haut point qu'ils aient
oublié Olympe.
Je suis perdue.



5 commentaires:
tu veux dire que tu es... ambivalente ?
C'est sur que c'est compliqué, tout ça...
Pour le boulot, je comprends, je ressens la même chose (sauf que au final je ne me donne pas le choix de toute façon).
Courage dans ce chemin.
personne n'aime être confronté à la mort, que ce soit celle de ses aïeux, ou pire encore celle de son enfant.
pour ce qui est du tiraillement boulot/bb toutes les mères y sont confrontées. on veut le meilleur pour nos ti bouts, on ne voudrait rien rater de leur évolution, et pourtant on ne se sent pas prête à lâcher notre vie sociale pour eux.
le problème vient du fait qu'une femme au foyer élevant ses enfants n'a plus vraiment de statut social, ni de reconnaissance. peu de femmes actives envient celles qui restent chez elles coupées du monde à changer des couches.
il faut trouver un compromis, son propre compromis. et c'est super difficile.
n'oublie pas que nous sommes là. bon courage pour demain gros bisous.
J'apprend tout juste pour ta grand mère....
toutes mes condoleances et aussi des pensées à ton papa.
<3
pour ce qui est de tes paradoxes, je crois qu'ils sont tout à fait normaux et naturels. il n'y a rien de plus boulversant dans une vie que d'avoir des enfants !
On veut tout bien faire pour eux, mais en meme temps il faut savoir aussi penser à nous, nos envies. et puis le avant et le apres sont si differents !!!!
c'est pas facile de "saisir" tout ca, toute cette intensité, toutes nos envies, nos gestes, nos besoins.......
Essaie de rester le plus possible fidele a toi meme,
ne cherche pas forcement à tout comprendre !
Meme si tu ne saisi pas tout, c'est pas grave ?
l'important c'est de trouver ton equilibre et que tes filles soient heureuses !
la perfection n'existe nulle part ! pire ! la perfection nuit aux enfants !
alors reste toi meme et carpe diem !!!
bisous doux
ps : tout a fait d'accord avec artemis :)
du temps, ma chérie... du temps...
il en faut pour être prête à voir Olympe, ou accepter que tu ne veuilles pas la voir.
Il en faut pour te pardonner à toi-même (en ce qui me concerne, 3 ans après, ce n'est tjs pas le cas).
Et du temps pour accepter que tu n'accepteras jamais l'inacceptable, la mort d'Olympe.
Quant aux gens oubliant ta fille... une fois la psy m'a dit que je n'avais pas à avoir peur de choquer en parlant de ma fille, ni à avoir honte, ni à ménager les gens qui étaient assez grands pour se remettre. Alors même si j'en souffre encore, je n'hésite pas à recadrer : j'ai 2 enfants (bon, ça je le dis pas aux inconnus, hein) et oui, j'attends bien le 3è et pas le deuxième. Et si les gens sont choqués, je m'en bats l'oeil.
Viv'
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